THOMAS SANKARA le 4 août 1986
 » Développement prêt-à-porter : Non ! Développement sur mesure : Oui.  »

 » Sur le plan économique : La domination étrangère que nous dénonçons tant, n’a d’autre but que l’occupation économique de notre pays. Faire de notre pays un marché organisé et contrôlé pour les seuls intérêts des capitalistes qui ont épuisé ailleurs toutes les voies de réaliser de nouveaux profits. Voilà l’essence même de l’impérialisme présent chez nous.

Certes nous ne saurions nous replier sur nous-mêmes en nous imposant une autarcie suicidaire. Des biens nous sont nécessaires que nous ne saurions à cette étape de notre révolution nous procurer autrement qu’en les important. Les échanges commerciaux et financiers nous sont nécessaires. Mais entre cette nécessité de rapports économiques avec l’extérieur, limités au strict nécessaire et la capralisation économique de notre peuple, il y a un pas qu’il nous faut cesser de franchir chaque jour comme nous l’avons fait jusque là allègrement. Cessons de livrer notre peuple pieds et poings liés aux marchands de faux bonheur, de fausse coopération, à tous ceux-là qui nous inondent régulièrement des produits de leur société de consommation et nous gavent des gadgets superflus, voire dangereux de leur système capitaliste.

Allons-nous continuer à tourner le dos à nos immenses possibilités agricoles, minières, industrielles pour ne respecter que ce qui vient de chez les autres ?

Dans les provinces du Kénédougou, du Bam, du Poni, de la Comoé, du Boulgou et de la Kossi, de valeureux paysans sont obligés d’abandonner aux avaries de riches et abondantes productions excédentaires en fruits, légumes et céréales.

Chaque saison, des cultures qui s’annoncent bonnes est cependant pour eux le cauchemar de l’effort non rétribué, des invendus et de l’autodestruction du résultat d’un labeur cependant fort harassant.

Nos campagnes, dans les provinces de l’Oudalan, du Séno, du Sanmatengâ, de la Gnagna, du Yatenga, regorgent d’énormes possibilités en élevage de tout genre auxquelles nous préférons la charcuterie des supermarchés pour y acheter du filet bien emballé et étiqueté, mais sans doute pas plus riche en calories dont nos organismes ont besoin. Nous les abandonnons, nous même à ne pratiquer qu’un élevage archaïque et contemplatif.

Sur toute l’étendue de notre territoire, nos braves artisans émerveillent le visiteur par la variété et la robustesse de leurs produits faits-main, expression véritable et authentique de notre culture. Eux non plus n’échappent pas à ce cauchemar de l’abandon et du boycott. Il est inadmissible que d’autres viennent nous révéler les trésors de notre artisanat et que ça soit nous-mêmes qui leur offrions le ridicule spectacle de nègres évolués se ruant sur la pacotille et la camelote d’une industrie pour marchés d’Outre-mer.

Que peuvent-ils, ces Burkinabè travailleurs et courageux, comme le souhaite notre Discours d’Orientation Politique, si ceux de leurs compatriotes qui possèdent le pouvoir d’achat garanti par les salaires et le revenu d’activités tertiaires refusent de savoir que les boîtes de conserves, de fruits, de légumes, de viandes, de boissons importées sont loin d’avoir la valeur des produits locaux !

Que peuvent nos travailleurs si les nantis burkinabè organisent, encouragent et entretiennent l’importation de produits concurrentiels, négligent les méfaits de cette extraversion de dominés.

En effet. même s’il ne le formule pas avec la rigueur de l’académisme bourgeois, le travailleur producteur burkinabé est plus ou moins dépité par le sort que la minorité de privilégiés lui fait chaque fois qu’elle lui impose la concurrence déloyale des produits importés. Ces importations, en résorbant le chômage des autres, contribuent à résoudre leurs crises sociales. à enrichir leurs capitalistes, à renforcer objectivement des pouvoirs qui ne daignent même pas nous témoigner leurs reconnaissances. Au contraire, après nous avoir pillés, ils nous écrasent méchamment sans même craindre de tuer leurs poules aux œufs d’or qu’est notre marché. Ceux qui organisent le boycott de l’économie du Burkina Faso, c’est la petite bourgeoisie du Burkina Faso.

Camarades,

Voilà un terrain sur lequel durant les années à venir notre anti-impérialisme sera mis à l’épreuve de la vérité. Faciliter des importations ou aider à produire ici ce que nos conditions nous permettent de produire. Les capitaux financiers faciles, mais combien compromettants seront là pour nous tenter. En suscitant chez nous la boulimie des capitaux, des prêts, des crédits, nos prétendus « Généreux amis qui nous veulent du bien » ne nous diront jamais ce que demain nous allons devoir connaître comme désarroi pour résoudre la question des remboursements. J’en veux pour preuve l’abondante prose pleurnicharde lyrico-comico-dramatique qui se développe autour de la dette de l’Afrique.

Camarades,

Notre anti-impérialisme va être mis au pied du mur. Nos réflexes de consommateurs devront être révisés, quant à nos goûts, nos couleurs. nos habitudes. Ce sera un geste hautement patriotique et révolutionnaire, que de consommer burkinabè, ce sera une lucidité patriotique et révolutionnaire, un anti-impérialisme vrai que de sélectionner les crédits dont nous avons besoin sur la base de la construction d’une économie indépendante: réellement débarrassée de la domination étrangère. Il s’agira, camarades, d’entrevoir notre développement non selon les modèles imposés de l’extérieur, non selon les rêves petits bourgeois de vouloir reproduire ici et pour soi le cadre de l’autre rive de la Seine, ou des stations d’hiver. Il s’agira plutôt de construire un Faso nouveau, mais à la mesure de nos moyens, des limites que nous pouvons nous fixer sans pessimisme mais sans optimisme de lunatique.

Camarades,

A partir de maintenant, consciemment, nous allons proclamer : Développement prêt-à-porter : Non ! Développement sur mesure : Oui.  »

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23 Commentaires

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