TOUT COMPRENDRE SUR LA CRISE SCOLAIRE.

Le premier trimestre de l’année scolaire 2017-2018 est marqué par la lutte du personnel du système éducatif en vue de la satisfaction de sa plateforme revendicative. A propos de cette lutte, les avis des citoyens hors de ce système sont partagés : certains semblent comprendre le bien fondé de cette revendication mais pour d’autres elle est de trop dans un contexte post-insurrectionnel marqué par des revendications de bon nombre de syndicats. Pourquoi le personnel du système éducatif mérite d’être écouté ? Ce n’est que par une analyse de la mission que l’état Burkinabè s’est assignée et des réalités sur le terrain que nous pouvons répondre à cette question.
L’état burkinabè s’est fixé un idéal en matière d’éducation, que l’on retrouve dans la loi N°013-2007/AN portant loi d’orientation de l’éducation.
Cette loi stipule en son article 3 que l’éducation est une priorité nationale. Elle ajoute en son article 4 que l’enseignement de base (du CP1 en 3è) est obligatoire pour tous les enfants de six ans à seize ans, et en son article 6 que l’enseignement de base public est gratuit. En son article 13, cette loi dit que le système éducatif burkinabè a pour finalités de faire du jeune burkinabè un citoyen responsable, producteur et créatif. On peut entendre par citoyens responsables, producteurs et créatifs : les agriculteurs, les éleveurs, les agents du système éducatif, les agents de santé, les agents techniques de l’agriculture, les agents techniques d’élevage, les agents de sécurité, les agents des eaux et forêts, les ingénieurs, les techniciens divers, les militaires, les agents d’administration et de gestion, les agents économistes et de finance, les politiciens, les diplomates, les hommes d’affaires, les journalistes, les juristes, les opérateurs économiques, les concepteurs, les artistes, les commerçants, les agents de maintenance, les débrouillards, etc. Le système éducatif devra décider alors du destin de la nation en matière de progrès, car c’est lui qui produit le capital humain. Qu’a donc fait nos dirigeants pour rendre effectivement l’éducation une priorité nationale, pour rendre obligatoire l’enseignement de base, pour rendre gratuit l’enseignement de base public, pour mettre dans de bonnes conditions les faiseurs de citoyens responsables, producteurs et créatifs ? Voyons quelques réalités du système éducatif.
Le mépris du métier d’enseignant par bon nombre de citoyens
Le personnel du système éducatif pour bon nombre de citoyens burkinabé, n’incarne pas la réussite. En effet, pour l’opinion publique, le métier d’enseignant est le dernier recours. C’est lorsqu’on a tapé à toutes les portes du succès sans succès, c’est lorsqu’on est dans la contrainte de se prendre en charge dans un contexte de chômage, que l’on est amené à postuler à un concours du système éducatif. Certains individus interdisent clairement leurs enfants et leurs frères de postuler aux concours de l’enseignement ; ils les orientent plutôt vers des concours « juteux ». Les enfants des présidents, des ministres, des députés et autres qui sont inscrits dans les meilleures écoles ou à l’étranger ne reviennent pas au pays pour l’enseignement mais pour hériter de leurs parents les mêmes postes « juteux ». Les enseignants sont donc en général issus du bas peuple qui n’a les moyens que pour inscrire ses enfants dans les écoles délaissées de l’état. On a pris l’habitude de lamenter le chômage de son fils ou de sa fille, en disant ceci : « Je prie Dieu pour que mon fils (ma fille) réussisse à un concours, même si c’est l’enseignement». Lorsque qu’un élève ou un étudiant excelle dans les études et se retrouve finalement dans l’enseignement, on trouve qu’il est malheureux car on pense que l’enseignement est réservé aux derniers de classe et les postes « juteux » aux excellents. Tout cela montre que les burkinabé savent que dans l’enseignement les conditions ne sont pas agréables. Ces conditions désagréables sont dues au fait que les régimes politiques de nos jours qui se succèdent dans notre pays pour se servir et servir l’impérialisme, n’accordent pas de priorité à l’éducation car pour garder longtemps un peuple sous sa domination il faut le maintenir dans l’analphabétisme, dans l’ignorance, dans l’irresponsabilité et dans l’incapacité de produire. Quelle motivation un enseignant peut-il avoir face à une telle image méprisante qu’a l’opinion publique de lui? Puisqu’on ne vient plus dans l’enseignement par vocation, mais par l’instinct de survie. Dans une telle situation, les élèves ne prennent plus l’enseignant comme un modèle de réussite, mais plutôt comme l’homme de la fonction publique qui a échoué.
Un enseignant non motivé et sans vocation ne peut donner le meilleur de lui-même pour la réussite des enfants. Il faut donc que l’état motive les faiseurs de citoyens responsables, producteurs et créatifs. Il est ridicule de penser que le système éducatif est improductif et que pour cette raison on n’a pas besoin d’y investir. On contredit alors les finalités de l’éducation définies dans la loi en demeurant dans cette myopie politique et économique.
L’insuffisance d’équipement
Les services de l’éducation font partie des services les moins équipés de la fonction publique. La majorité des établissements publics ne possède pas de bibliothèque et de laboratoire équipés. L’enseignant est l’unique ressource pour les enfants issus des familles en difficultés financières. L’enseignant lui-même est obligé d’acheter sa propre documentation. Les enseignants de Sciences Physiques et de Sciences de la Vie et de la Terre sont obligés d’enseigner sans expérimentation, ce qui ne permet pas aux « citoyens » formés d’être producteurs et créatifs dans ces domaines et dans le domaine des technologies. Les élèves payent des frais d’abonnement à la bibliothèque sans pour autant avoir accès à des documents riches et adaptés à nos programmes. Un élève qui n’a pas la culture de la recherche à la bibliothèque et de la lecture augmente ses risques d’échouer et de ne pas être producteur et créatif en matière d’idées et d’imaginations. Et on est toujours étonné de l’échec des élèves en fin d’année. Quels « citoyens » producteurs et créatifs peut-on former dans un tel enseignement purement théorique et frontal ? L’élève ne participe pas à sa propre formation comme le suggère la pédagogie moderne, puisqu’il ne lit pas, ne recherche pas, n’expérimente pas, et se contente de ce que l’enseignant lui donne. C’est pour sortir du système éducatif et ne postuler qu’à un concours de la fonction publique en aspirant les fauteuils pivotants dans des bureaux climatisés, pour attendre que la France vienne équiper les services en climatiseurs et autres. Puisque l’homme qui n’apprend pas à produire et qui ne se responsabilise pas ne sera qu’un potentiel consommateur des produits d’un maître impérialiste. L’on ne doit pas être étonné pour le fait que les diplômés burkinabé ne puissent pas « manger » en dehors de leurs diplômes, purs papiers.
Quant au matériel comme les règles pour papier, les crayons, les gommes, les compas pour papier, les équerres, les feuilles de papier, la colle et autres, bon nombre d’enseignants sont obligés d’en payer à leurs propres frais.
Un enseignant nommé directeur ou proviseur n’a pas de moto de service. Il fait les courses du service (rencontres au chef lieu de département ou de province ou de région, etc.) avec son propre engin. Pourtant dans les chefs lieu de département ou dans les villages, il est très rare que les autres services publics manquent de motos ou de véhicules de service. Pourquoi c’est dans l’enseignement que le problème se pose ? Tout simplement parce que l’enseignement n’est pas en réalité une priorité.
Le manque d’infrastructures, le manque d’enseignants, les effectifs pléthoriques
Le manque d’infrastructures et d’enseignants est un problème réel dans le système éducatif. Alors que l’éducation est une priorité nationale et qu’elle est obligatoire pour les enfants de 6 à 16 ans, on est confronté à un manque permanent de salles de classe et d’enseignants. Ce qui a engendré des effectifs pléthoriques et des hangars comme salles de classe. Pour rester un peu dans la logique de l’UNESCO, les effectifs devraient être au plus 30 élèves par classe. Le Burkina Faso dans l’arrêté n° 007/MESSRS/SG du 16 Aout 1994 portant fixation des effectifs dans les classes, a fixé les effectifs limites au post-primaire à 70 pour l’enseignement général et à 60 pour l’enseignement technique, et au secondaire à 60 pour l’enseignement général et à 50 pour l’enseignement technique. Mais ces effectifs fixés par arrêté et qui sont déjà pléthoriques ne sont pas respectés par les établissements publics, faute de salles et d’enseignants. Au primaire et au post-primaire certaines classes ont un effectif supérieur à 100 pendant que dans certains pays où nous copions toute chose moderne, les effectifs tournent autour de 25 par classe. Que peut faire un enseignant devant un effectif de 120 élèves par classe ? Cet enseignant est incapable de connaitre chaque élève et ses difficultés afin de pouvoir lui apporter un appui particulier, alors que chaque parent a le droit de passer à l’école pour savoir comment son enfant évolue dans ses apprentissages. Il n’aura pas assez de temps pour s’occuper particulièrement de chaque élève (pédagogie différenciée). Il ne pourra pas interroger le maximum d’élèves au cours d’une séance de cours ou d’exercices. Il ne pourra pas circuler convenablement dans la classe. Certains élèves se sentiront donc isolés et profiteront de ces moments pour bavarder. Il est difficile pour cet enseignant d’évaluer correctement (respecter le nombre de devoirs à faire par trimestre) compte tenu du nombre colossal de copies et de la taille de chaque copie. Tout cela affectera donc le rendement scolaire et fatiguera l’enseignant très responsabilisé. Pendant ce temps, certains parents d’élèves incapables d’éduquer les 3 ou 4 enfants qu’ils ont eus, se permettent de mettre tous les échecs sur le dos de l’enseignant qui doit gérer une centaine d’élèves.
Malgré ces effectifs ultra-pléthoriques dans les classes, des individus sont mécontents de voir un enseignant qui ne remplit pas son volume horaire normal (par exemple 16h au lieu de 18h par semaine en classe). Cependant ils ne voient pas le fait que le nombre normal de copies à corriger par l’enseignant dans son salon ou dans sa chambre, a augmenté et par conséquent nécessite des heures supplémentaires à domicile. Ces individus doivent savoir que le travail de l’enseignant commence à la maison et se poursuit en classe. On ne sait donc pas exactement le nombre d’heures assurées (en classe et à domicile) par un enseignant.
Le service assuré péniblement sur toute l’étendue du territoire
Lorsque vous vous rendez aux confins de tous les départements du pays, le fonctionnaire que vous rencontrerez sûrement, c’est l’enseignant ; surtout celui du primaire. Bravant les mêmes conditions pénibles que les paysans, il compatit patriotiquement à leur vie douloureuse et cherche à les sortir de l’analphabétisme, de l’ignorance et de la pauvreté. Pendant ce temps, les petits bourgeois font les affaires ou les « deals » dans les grandes villes. Dans les villages les plus reculés des départements, l’enseignant vit dans les conditions suivantes : des logements vétustes et inappropriés au prix de ses indemnités de logement, la solitude, le manque d’eau potable, le manque d’électricité au point où les cours sont préparés sous la pauvre lumière d’une lampe à pétrole ou chinoise au détriment de ses yeux, l’accès difficile à l’information, les grandes distances à parcourir pour les rencontres et pour toucher son salaire, les rivières à traverser avec tous les risques, l’accès difficile aux produits de consommation, etc. Pendant ce temps, on dit que notre nombre nous empêche d’avoir un bon traitement. Quant il s’agit des élections on court derrière la majorité. Quant il s’agit du traitement salarial, la majorité devient mauvaise ; il faut préférer la minorité. Ainsi va la « démocratie burkinabé » : le pouvoir appartient au peuple, à la majorité, mais l’argent du peuple appartient à une minorité, au pouvoir.
Le manque de formation initiale et/ou continue
Le problème de formation initiale et continue du personnel du système éducatif se pose particulièrement au post-primaire et au secondaire. Au post-primaire et au secondaire, on assiste au recrutement de plusieurs catégories d’enseignants :
-Les enseignants recrutés sans formation initiale (recrutement sur mesure nouvelle). Ces enseignants quittent l’université pour enseigner directement les élèves sans aucune formation initiale, alors qu’ils doivent faire le même travail que ceux formés initialement. Peut-on imaginer cela dans d’autres corps de la fonction publique ? Peut-on penser que le cas de l’enseignement est un jeu économique ou une négligence ? Ces enseignants font 5 ou 6 ans d’enseignement effectif avant de postuler à un examen professionnel, et surtout sans formation continue, puisque les visites de classes et les séminaires de formation se font rares.
Les enseignants recrutés et formés à l’ENS/
UK ou à l’IDS. Ces enseignants bénéficient d’une formation initiale. Cependant, dès qu’ils sont affectés dans les établissements pour leur stage, ils sont immédiatement responsabilisés dans les classes sans assistance, où ils assurent le même volume horaire que les titulaires. Pendant ce temps, ils n’ont ni un salaire de base, ni d’indemnités; ils n’ont que leur pécule d’élève professeur. Alors qu’on les responsabilise dans les classes d’examen, on refuse souvent de les prendre comme correcteur au BEPC, sous prétexte que les textes l’interdisent. Ces mêmes textes auraient dû interdire leur responsabilisation totale dans les classes. Peut-on imaginer un stagiaire responsabilisé dans les tâches clés d’un service de la fonction publique ? Peut-on penser encore à un jeu économique ou à une négligence ? Ces stagiaires exploités contre leur gré sont obligés d’aller vers les titulaires pour des conseils, alors qu’ils auraient dû être affectés dans les classes de ces mêmes titulaires qui les assisteraient efficacement en attendant la visite des encadreurs. Une fois certifiés, ces stagiaires devenus professeurs n’ont plus accès à la formation continue. Ils devraient rester statiques, en marge des changements pédagogiques et didactiques survenus dans les écoles de formation et les différentes inspections.
-Les enseignants vacataires. Ces enseignants sont recrutés par les COGES des établissements pour un contrat de trois à huit mois, sans formation initiale et souvent sans profil pour enseigner dans les classes. Ces enseignants sont surexploités et font souvent trois mois sans salaire (sous prétexte que la subvention de l’état arrive en retard ou n’est même pas suffisante). Ces enseignants ont le même problème de formation continue. Dans la fonction publique c’est l’enseignement secondaire qui a le monopole de ce genre de recrutement.
-Les enseignants recrutés suivant le programme emploi-jeunes pour l’éducation nationale. Pour contourner la loi 081 ces enseignants sont recrutés par un autre ministère (au lieu du Ministère de la fonction publique) au profit du MENA. Ainsi ces enseignants intervenant dans les établissements publics ne sont pas des fonctionnaires puisqu’ils ne sont pas de la fonction publique. Par conséquent ils sont surexploités alors qu’ils font le même travail que les titulaires. Ils reçoivent une petite formation initiale, mais certains n’ont pas le profil. Ils ont le même problème de formation continue. Ce programme qui semble légaliser le recrutement de vacataires par l’état, vise à résoudre le problème de chômage à moindre coût et non le manque d’enseignants.
L’état procède à de tels types de recrutement, comme si enseigner c’est dicter des phrases, prononcer un discours, relayer une information ; et pour cela il suffit que quelqu’un s’arrête devant les apprenants avec un support de discours et se mette à lire.

     Enseigner c’est plutôt préparer un contenu scientifique en mobilisant ses compétences scolaires, académiques et pédagogiques en menant des recherches, préparer la manière dont le contenu sera dispensé, dispenser ce contenu suivant des méthodes et techniques acquises lors d’une formation préalable, motiver et faire participer les apprenants à son cours en vue de l’acquisition des connaissances, chercher à connaitre chaque apprenant, gérer un groupe d‘apprenants issus de différents groupes socioculturels pendant son cours, évaluer les apprentissages des apprenants suivant des méthodes et techniques acquises lors d’une formation, etc. Enseigner n’est donc pas un acte réflexe. L’enseignant en plus de ses compétences scolaires et académiques doit donc être formé en vue de devenir un pédagogue, un didacticien, un communicateur, un gestionnaire, un psychologue, un sociologue.
Il faut que les citoyens retiennent qu’un enseignant non formé impliquera un enfant en échec.
Le manque de moyens pour l’encadrement
Pendant que les enseignants n’ont pas de formation initiale et/ou continue, les encadreurs pédagogiques sont dans l’impossibilité d’effectuer des visites conseils et des ateliers de formation à leur profit. En dehors des suivis des stagiaires, les visites conseils et ateliers doivent toujours attendre la « bonne volonté » d’un bailleur de fond qui choisira les disciplines qui l’intéressent. Le ministère est incapable de trouver une ligne budgétaire pour l’encadrement. L’état est incapable d’assumer ses responsabilités d’éducateur alors qu’aucun bailleur impérialiste ne viendra financer l’éducation pour nous affranchir de cet impérialisme, puisque ces bailleurs au moins savent que l’éducation est le pilier du développement et de l’indépendance.
De la citoyenneté et de la démocratie
En rappel, selon la loi O13-2007/AN portant loi d’orientation de l’éducation, le système éducatif burkinabé a pour finalités de faire du jeune burkinabé un citoyen responsable, producteur et créatif. Qu’est-ce qu’un citoyen ? Selon la définition de dictionnaire, un citoyen est une « personne majeure qui dispose du droit de vote et possède les droits et les devoirs liés à sa nationalité ». Faire un citoyen responsable, producteur et créatif revient à enseigner aux enfants les droits humains et civiques, les devoirs et les savoirs permettant de faire les devoirs ou de jouir des droits. Nos autorités brandissent toujours les devoirs et cachent bon nombre de droits aux « citoyens » que l’on doit former. L’enseignement de l’instruction civique et morale dans les collèges et lycées peine à être une réalité. On interdit fermement par des notes de service, les enseignants de parler de la politique en classe. Pendant que les enseignants font des efforts dans la formation de citoyens patriotiques, nos dirigeants s’opposent à cette formation de citoyens par une autre école : l’école des détournements, de la mauvaise gestion, de l’impunité, de la répression et de l’égocentrisme. Lorsque les élèves parviennent à découvrir leurs droits par d’autres moyens et commencent à les revendiquer, nos autorités sont irritées et parlent d’incivisme. C’est en ce moment que ces autorités commencent à rappeler les devoirs. Ils s’empressent à sanctionner ou à réprimer ces enfants sous prétexte que « nul n’est censé ignorer la loi ». On accuse alors les enseignants de manipuler les élèves comme si la mission du système éducatif est de former des « moutons » et non des citoyens. Un citoyen responsable, producteur et créatif ne peut croiser les bras face à un avenir douteux que leur réservent les politiciens. Nul n’inscrit son enfant à l’école pour qu’il en sorte « mouton ». Aucun citoyen ne peut jouir de ses droits dans un état de droit s’il est « mouton ». Aucun citoyen ne saura bien faire ses devoirs s’il n’est pas responsable, producteur et créatif. Ainsi la démocratie rime avec l’éducation. Cependant les précurseurs de la démocratie actuelle n’ont donné de pouvoir qu’à l’exécutif pour exécuter les lois, au législatif pour voter des lois et à la justice pour faire respecter la loi dans un état de droit. Qui est donc chargé d’enseigner la loi et de préparer ceux qui doivent voter, exécuter, faire respecter et respecter la loi ? Puisque l’on ne peut exécuter, voter, faire respecter ou respecter la loi que lorsqu’on est un citoyen responsable, producteur et créatif. Que l’on accepte alors que le système éducatif constitue un autre pouvoir dans un système démocratique même si on ne veut pas le citer comme tel. Le système éducatif a le plus grand pouvoir décisionnel. En effet, il est le siège de formation de citoyens et dispose des plus grands jurys (de CEP, de BEPC, de Baccalauréat, de Licence, de Master, de Doctorat et de tout autre compétence pouvant donner accès à un poste) et instances (conseils de classe) qui décident du destin de bon nombre de ces citoyens formés et de celui de la nation. C’est après être mis à l’épreuve par au moins (rigoureusement) trois de ces jurys du système éducatif que l’on accède par le vote ou par la nomination aux trois autres pouvoirs de la démocratie, à savoir l’exécutif, le législatif et la justice. Que l’on évite respectueusement et humblement lorsqu’on se retrouve à la tête de ces institutions, de mépriser les acteurs du système éducatif. Si on veut construire un système démocratique indépendant, il faut que la priorité soit une réalité pour l’éducation, il faut que le système éducatif réponde à sa vocation. Une minorité des enfants que l’on inscrit dans les écoles étrangères en méprisant les siennes ne servira à rien pour un « Burkina émergent ». En inscrivant ses enfants à l’étranger tout en méprisant son propre système éducatif, on n’agit que pour l’émergence de sa personne, on manque de patriotisme. Comme le disent les ivoiriens : « le médicament que l’on ne met pas sur sa propre plaie, on ne le met pas sur la plaie d’autrui ». Un bon chef de famille mange ce que sa famille mange.
De la gratuité de l’enseignement de base public et de l’enseignement de base obligatoire pour tous les enfants de 6 à 16 ans
La loi dit que l’enseignement de base est obligatoire pour tous les enfants de 6 à 16 ans. Cependant, la même loi n’autorise la gratuité que pour les enfants qui ont la chance d’accéder aux établissements publics. Quant aux enfants qui n’ont pas la chance d’accéder aux établissements publics et dont les parents sont du bas peuple, l’enseignement de base est aussi obligatoire, mais pas gratuit. Quel paradoxe dans un état de droit ! Ces derniers enfants sont obligés de s’inscrire dans les établissements privés qui ne sont pas en règle vis-à-vis des programmes et du recrutement des enseignants.
La gratuité dans l’enseignement post-primaire public se résume à un jeu de mots : « ce sont les frais d’inscription qui sont gratuits ; les autres frais ne sont pas concernés, etc. » dans ce jeu de mots, on supprime les 2500F (frais d’inscription pour un ancien élève), on maintient les frais de location des manuels scolaires et les frais d’abonnement à la bibliothèque (bibliothèque souvent inexistante), on encourage l’augmentation des frais APE et les cotisations spéciales comme si toutes ces sommes ne sortaient pas de la même poche du même parent d’élève. Dans toutes ces conditions, où se trouve la gratuité au post-primaire ? On vote la loi d’orientation de l’éducation, on inscrit son enfant à l’étranger et on s’en fout. Tel est le comportement du législatif.
Des volumes horaires énormes et des postes de nomination politisés
Face aux conditions de vie difficiles, certains encadreurs et enseignants n’ont de recours que la vacation. D’autres guettent les postes de nomination dans le but de profiter des miettes.
Un enseignant qui a 18 ou 22h par semaine est obligé d’assurer 10 à 20h de vacation (sans compter les heures des cours à domicile) dans le but de ressembler aux « bons fils de la fonction publique ». Un autre enseignant pour le même but préfère se faire nommer chef d’établissement. Un encadreur non occupé parce que le budget du ministère l’a oublié, pense résoudre ses problèmes dans la vacation. Un autre choisit de viser un post de responsabilité dans la même logique. Tel est le comportement adopté par certains du personnel de l’éducation. On ne peut pas dire forcément que toute nomination ou vacation vise le gain financier, puisque certains sont nommés dans le but de bien faire et d’autres font la vacation parce qu’ils sont sollicités urgemment par les établissements publics et privés. Cependant la tendance générale actuelle des surcharges est le gain d’argent pour combler un manque à gagner.
Quant on sait que la vacation au delà des normes entraine la maladie du travailleur et la baisse du rendement scolaire, quant on sait que les nominations qui visent le pillage des ressources financières des établissements entrainent bon nombre de crises et la baisse du rendement scolaire, on doit, en tant que dirigeant, valoriser le métier du personnel de l’éducation afin de permettre à chacun de consacrer plus de temps à la mission éducatrice. On doit former des enseignants en nombre suffisant et veiller à l’encadrement du personnel du privé. Il faudra aussi éviter la politisation de l’administration scolaire, qui encourage les détournements et la mauvaise gestion.
Le mépris du personnel de l’éducation en lutte
Le personnel éducatif en lutte est accusé de manipulateurs des élèves et d’hommes sans sensibilité qui préfèrent faire échouer les élèves pour gagner de l’argent. A ce sujet, il faut noter que la majorité de ce personnel a ses enfants, frères, sœurs, cousins, cousines, beaux frères, belles sœurs et autres dans les mêmes établissements publics et privés du pays, réservés au bas peuple ; puisque ce personnel n’a pas de moyens pour inscrire ses enfants à l’étranger. Tous ces enfants cités vivent les mêmes réalités pendant la lutte. Le personnel de l’éducation témoigne d’une grande responsabilité dans ses actions en maintenant ses enfants et proches dans les mêmes conditions. Au lieu d’envoyer ses enfants à l’étranger avant de venir sacrifier (comme on le dit) les autres enfants dans la lutte, il a préféré être responsable et patriotique pour le bien de tous les enfants du pays. Heureusement, les élèves savent que la lutte de ce personnel est aussi pour leur bien durable et ils sont résolus à se battre pour leur avenir. Certains parents ignorent ce que les enseignants sont et font pour leurs élèves, mais les élèves le savent. Ceux qui ne sont pas convaincus de la nécessité de lutter contre les mauvaises conditions du milieu éducatif, pensent que ces derniers sont manipulés. Un élève n’est pas comme une grenouille décérébrée qu’on manipule dans un laboratoire de biologie. Ceux qui pensent que l’enfant est manipulable de cette façon n’ont qu’à essayer de le faire à la maison pour empêcher leurs enfants ou frères de soutenir les enseignants. De la même manière que les enfants s’opposent souvent à leurs parents à la maison, ils le font souvent aux enseignants et éducateurs en classe. Ils adhèrent à une idée quand cela est convaincant et leur plait. Ils ne sont pas des idiots. Ils sont éclairés, en témoigne l’histoire du pays. En effet, les élèves et les étudiants par leur esprit éclairé ont participé activement aux différentes luttes pour l’émancipation du peuple burkinabé.
Voilà quelques réalités que vit le système éducatif et qui montrent que le personnel de ce système a bien raison de lutter. Le personnel de l’éducation revendique donc ce qui doit lui revenir par mérite et ce qui lui permettra d’assurer convenablement les activités éducatrices. Autant le personnel de l’éducation a la lourde responsabilité sur le destin de la nation, autant il doit être bien traité et respecté. La lutte continue.